Lumière sur le film documentaire « Leurs Champs du Cœur »

« Leurs Champs du Cœur », le Vrai Coût de Notre Alimentation de Mickaël Denis‑Shi, regroupe 15 témoignages touchants d’agriculteurs des 4 coins de la France qui nous partagent galères et solutions.
Début mai, nous avons co-organisé une soirée projection-débat autour du documentaire « Leurs Champs du Cœur », aux côtés de nos partenaires, acteurs du monde agricole et soutien de l’Agriculture Paysanne : Solidarité Paysans, Terre de Lien, l’AFOCG, et les partenaires d’InPact Drôme. Cette projection a eu lieu au cinéma Le Navire à Valence et la salle était comble, soit plus de 80 personnes présentes ! Merci à tous les participant·es pour leur soutien et leur enthousiasme.

A propos du film « Leurs Champs du Cœur », le Vrai Coût de Notre Alimentation
Alors que l’agriculture est au centre des enjeux majeurs de notre époque, des questions se posent.
Comment assurer une production alimentaire de qualité, rémunératrice pour ceux qui la produisent et accessible au plus grand nombre ? Ce documentaire nous emmène en tour de France de 15 agriculteurs qui nous parlent, à cœurs ouverts, de leurs galères, des solutions possibles, de la beauté du métier, aussi.
« Leurs Champs du Cœur » aborde des thèmes concrets qui animent le Mouvement des AMAP : revenus et qualité de vie des paysans, accessibilité alimentaire, renouvellement des générations agricoles… à travers des témoignages justes, à la rencontre de celles et ceux qui nous nourrissent. De plus c’est un film 100% indépendant, de la production à la distribution (et ça, c’est important pour nous!)
« Un documentaire d’utilité publique, diffusez le dans toutes vos AMAP ! » Gaëlle, animatrice et chargée de communication au Réseau AMAP AuRA
« On devrait passer ce film sur les places publiques » une participante à la projection
L’AMAP, un système solidaire : du panier au soutien de l’Agriculture Paysanne
Zoom sur la force du modèle AMAP pour agir en soutien à un modèle agricole plus résilient et respectueux. En effet, c’est grâce à son modèle que l’AMAP permet de créer une relation transparente et basée sur la confiance entre mangeur·euses et paysan·nes
Cette relation se matérialise par un contrat sur 6 mois ou 1 an via lequel l’amapien·ne s’engage
- auprès de la ferme et de l’AMAP par contrat afin de préfinancer la récolte
- à accepte les variations de récolte en fonction des aléas
- à apporter un appui (financier, logistique, matériel) à la ferme en cas de besoin
C’est un engagement économique et solidaire afin de contribuer à :
- faire vivre un·e paysan·ne dignement pendant toute l’année
- aider à l’installation de nouveaux·elles paysan·ne.s
- partager les difficultés lorsqu’il y en a, mais aussi partager la récolte quand elle est abondante !
L’AMAP est une des réponses et solutions pour contribuer à sécuriser le revenu des paysan·nes : l’AMAP c’est bien plus qu’un panier, c’est un véritable engagement et soutien auprès du monde paysan.
« L’AMAP de Montéléger-Beaumont-Etoile (100% en bio) regroupe une 100aine d’adhérent·es : l’élément clé important de l’AMAP est vraiment la convivialité » témoignage d’un adhérent de l’AMAP Mon Beau Jardin (26)
Une projection illustrée par 3 témoignages d’acteurs locaux drômois



Marie Rivoire, paysanne maraichère et bénévole à Solidarité Paysans
Marie est maraichère depuis 26 ans maintenant. Elle a été en lien avec une AMAP dès sa création, lors de son installation dans la Drôme en 2009. Le projet de Marie n’est alor pas seulement agricole, elle développe sur sa ferme un volet accueil social, et participe au projet « Accessible » du CIVAM, sur la dignité alimentaire, 6 ans durant. Elle mène également des chantiers participatifs en lien avec des épiceries sociales et solidaires ainsi qu’avec les AMAP. Marie souligne l’importance du lien social dans l’approche de son métier.
Delphine de l’AMAP RADI’ SEL à Montoison (26)
L’AMAP de Montoison est l’une des AMAP livrées par Marie Rivoire, qui s’est emparé des défis liés à l’accessibilité alimentaire en mettant en place une initiative de paniers solidaires (que vous pouvez retrouver en vidéo : Sortir du ring). Les paniers solidaires, mis en place à l’initiative de la maraichère et en lien avec le CCAS (Centre communal d’action sociale) de Montoison, ont permis d’accompagner une 10aine de personnes vers une alimentation de qualité, digne et choisie. L’AMAP est actuellement en réflexion autour de la Sécurité Sociale de l’Alimentation, dans l’optique de rendre accessible des produits de qualité au plus grand nombre.
Quand à l’AMAP, Delphine souligne le fait que l’AMAP n’est pas seulement une livraison de panier, mais avant tout un temps de distribution convivial, favorisant les échanges et créant un espace d’éducation populaire, autour de la saisonnalité, de la cuisine, de l’environnement… Afin de stimuler ce volet éducation populaire, l’AMAP organise régulièrement des projections-débats autour de thèmes variés.
Association Parenthèse (Jardins de Cocagne) et le Moulin Urbain
L’association Parenthèse est implantée dans la Drôme et a pour mission de favoriser l’inclusion sociale par le développement de nouvelles formes d’emploi et d’activités contribuant à la transition écologique, l’innovation sociale, la mise en pratique de la solidarité.
Le Moulin Urbain est un tiers-lieu nourricier à Valence, qui expérimente la démocratie alimentaire. Concrètement le Moulin Urbain propose un marché producteur à triple tarification (œufs, fromage, légumes, fruits, jus …). Ils et elles ont mis en place une caisse mutualisée entre les producteur·ices afin de favoriser l’entraide entre consommateur·ices et producteur·ices. L’une de leurs missions est de mettre de la vie dans les sujets « lourds » en créant du lien social : cantines participatives, guinguettes… Pour eux, la SSA est un projet politique à long terme, et ils œuvrent pour aller vers une transformation sociale, illustrée par l’image du tabouret à 3 pieds : éducation populaire, expérimentation, construction du rapport de force.
« Toutes ces belles initiatives ne se feront pas sans bénévoles » Bérangère du Moulin Urbain. Et on est d’accord avec elle !
Des ressources pour se mettre en mouvement !
Pour manger mieux et soutenir nos agriculteur·ices, le réalisateur du film « Leurs Champs du Cœur » a réalisé un guide qui liste les solutions individuelles dont les AMAP !
Pour ne pas se sentir impuissant, 3 choses sont essentielles :
- agir
- se regrouper
- échanger
Et maintenant, place à l’action !
Créer ou trouver une AMAP près de chez moi
Vous n’êtes pas encore en AMAP ? Vous pouvez aussi rejoindre une AMAP proche de chez vous, ou en créer une !
Organiser une projection pour sensibiliser autour de vous !
D’autres projections de « Leurs Champs du Cœur » ont eu lieu récemment :
- AMAP L’Aneth (Lyon – 69)
- INS’AMAP (Villeurbanne – 69) dans le cadre du projet Clay! avec URGENCI
Vous souhaitez également organiser une projection ? (Pour AMAP en Fêtes 2026 par exemple ?) Contactez directement les producteurs !
Retour sur une autre projection de « Leurs Champs du Cœur » au sein d’une AMAP étudiante
Co-organisée avec l’INSAMAP et l’association étudiante ALTE²S dans le cadre du projet Clay! avec URGENCI Bénédicte, animatrice au Réseau AMAP Aura, nous raconte cette soirée ciné-débat :
Lundi 18 mai, nous étions une trentaine à la projection de « Leurs Champs du Coeur », après une livraison-apéro de l’INSAMAP sur le campus de l’INSA. Trois paysan.nes et artisane restent pour échanger avec les participants : Fabienne et Patrick, installés sur 6 hectares de maraichage et 10 hectares de céréales et en AMAP depuis 13 ans avec l’INSAMAP ; Lili qui produit des pâtes à tartiner. L’association étudiante ALTE²S co-organise la soirée.
Les points clés de ce ciné-débat
- Les trois paysan·nes de l’AMAP ont plutôt souscrit aux propos du film, ils se reconnaissaient dans les enjeux cités, notamment sur la vivabilité du métier de paysan et la viabilité des fermes.
- Sur les intérêts de l’AMAP, les trois paysan·nes sont unanimes : l’AMAP soutient le revenu. « Sur le marché on peut y aller et ne rien vendre. Là on sait qu’on vient pour 100 paniers ! »
- Lili reprend une citation « La terre ne nous est pas donnée par nos parents mais prêtée par nos enfants » pour souligner l’enjeu de préserver la terre et la biodiversité.
- Les étudiant·es ont posé la question de la transmission des fermes, mais c’est encore trop tôt pour les paysan·nes présents.
- Sur la place des subventions dans le modèle économique des fermes : les paysan·nes présent.es ne les demandent pas, il n’y ont pas le droit car sont trop petits, ou n’en veulent pas pour éviter de perdre en autonomie, « pour ne pas être emmerdés ». Ils évoquent les ventes de semences standardisées, « Kokopelli, c’est terminé ! Les variétés anciennes, pareil ! ». Les paysan·nes évoquent l’interdiction d’acheter des semences paysannes, reproductibles et adaptées au territoire et la nécessité d’acheter des variétés stériles chaque année. Fabienne et Patrick, maraîchers de l’AMAP, expliquent comment ils vont chez leur grainetier quand ils souhaitent acheter des semences : ils sont indépendants, « personne ne vient nous enquiquiner et nous dire quoi faire ».
- Sur la place des pesticides, Fabienne et Patrick nous expliquent qu’il faut une habilitation pour manipuler des produits phyto-sanitaires – qu’ils n’ont pas. Ils ne traitent pas. Ils n’ont toutefois pas le label AB pour des raisons économiques (le paiement de la certification et des contrôles réguliers). Fabienne explique également que les produits phytosanitaires sont « hors de prix »
- Sur la question des salaires, il est clair qu’il s’agit plutôt d’adapter son mode de vie à son revenu.
- Sur la coexistence de plusieurs mondes agricoles, les trois paysan·nes approuvent : « on ne peut pas avoir de liens avec les gros agriculteurs conventionnels ; ils veulent nous bouffer ». Fabienne explique également qu’ils ne partagent pas le même métier « ce sont des GPS qui conduisent des tracteurs pendant que nous sommes à la main dans les champs »
- Sur l’adaptation au changement climatique, Fabienne, Patrick et Lili sont unanimes : « c’est à nous d’apprendre à cultiver autrement »
- Les échanges se concluent par un remerciement mutuel : les étudiant.es sont reconnaissants du travail des paysan·nes qui leur permet d’accéder à une alimentation de qualité à prix raisonnable et les paysan·nes sont touchés par cette jeunesse qui a « conscience qu’on est ce qu’on mange » et qui s’engage en faveur de l’agriculture ! Un moment touchant !